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Maroc : la stratégie électorale des islamistes modérés du Parti de la Justice et du Développement (PJD)

Les résultats des élections du 04 septembre 2015 attestent de la percée électorale du Parti de la Justice et du Développement. Avec 5021 sièges,  le PJD a réalisé une progression impressionnante en comparaison avec les élections communales de 2009 où ce parti avait obtenu 1513 sièges. Il a raflé au passage une bonne partie de l’électorat qui votait traditionnellement pour le PI (le Parti d’Istiqlal) et l’USFP (l’Union Socialistes des Forces populaires) surtout dans les grandes villes comme Casablanca et Fès.

Ainsi, Abdelhaq Elarabi, responsable de la commission des élections au PJD, justifie ce résultat par le fait que «  le parti a  travaillé  et  n’a jamais arrêté de communiquer avec les citoyens »[1]. Ce type de raisonnement nous amène à réfléchir sur les ressources dont les candidats du PJD ont fait usage dans la compétition électorale, et les valeurs qu’ils ont véhiculé.

Le programme électoral du Parti de la Justice et du Développement  s’est articulé autour de quatre thématiques :

 

  1. la mise à niveau institutionnelle de la régionalisation avancée,
  2. la mobilisation et la gestion des ressources humaines et financières des collectivités territoriales,
  3. le développement des services de proximité administratifs;
  4. l’impératif du développement durable.

L’examen de ce programme électoral  permet de mesurer le pragmatisme du parti qui se présente d’ores et déjà comme une «structure d’offre politique» revendiquant le monopole d’activité sur le marché des biens électifs. Les motivations qui poussent le PJD à laïciser son discours politique ont pour effet d’ajuster son projet aux fondements du marché politique. Les leaders du PJD ont bien compris que la clé de leur victoire électorale est d’assimiler les règles du jeu politico-institutionnel. En effet depuis 1997, la participation au travail parlementaire, assurée d’une manière ininterrompue, a joué un rôle indéniable dans l’institutionnalisation de ce parti. Le travail gouvernemental a également constitué une occasion importante de la structuration de l’islamisme modéré marocain, et un mécanisme de sa professionnalisation politique de premier plan.

Par le truchement du bilan gouvernemental et de son usage à des fins électorales, les candidats du PJD ont su activer une nouvelle ressource politique à leur disposition. Ceci explique pourquoi leur campagne électorale était destinée à entretenir la croyance en l’utilité du travail gouvernemental et à accréditer l’idée qu’il s’agit d’une activité importante, où se joue l’avenir de la société et celui des électeurs. Ceci nous offre l’occasion de réfléchir sur la stratégie de démarcation qui distingue le PJD des autres partis politiques.

L’accès au pouvoir a obligé le PJD à développer des aptitudes nouvelles notamment rhétoriques. Lors des élections régionales et communales de 2015, la rhétorique de propagande s’est articulée donc autour de la proximité et de la moralisation de la vie publique. Le PJD, qui se positionne comme le porte drapeau de l’islamisme et des islamistes modérés au Maroc, se réfère souvent à des valeurs morales pour légitimer la prétention à se considérer comme le défenseur de la transparence. Il suffit pour s’en rendre compte de constater que la question ‘’morale’’ est placée au cœur de l’agenda électoral de ce parti politique.

Pour  Sâad Eddine El Othmani, le numéro deux du Parti de la Justice et du Développement, la  moralisation de la vie publique  signifie: « Au premier niveau, la priorité du PJD, au sens où l’entend le commun des mortels: égalité des chances, transparence, application de la loi, toute la loi et rien que la loi, lutte sans merci contre le crime organisé, contre la triche et les passe-droits …»[2]. A travers l’encadrement partisan,  la contrainte morale s’inscrit dans la règle que les candidats sont censés se donner, et qui explique que leur programme électoral soit systématiquement forgé par elle. En ce sens, l’intérêt pour la politique peut résulter également de la croyance en une obligation morale ou religieuse inculquant aux membres du PJD le devoir d’assumer pleinement leurs responsabilités de citoyens et de candidats. L’étude de la stratégie électorale adoptée par le PJD nous incite à renouveler  non seulement l’objet de l’observation mais aussi la manière d’observer, pour repérer les formes et les logiques partisanes de propagande.

Or, la nécessité pour les candidats de jouer sur une «symétrie de légitimité» et de préférer le contact direct avec les électeurs a agi sur les mobilisations électorales. En effet, la proximité militante a permis au PJD d’être toujours en campagne électorale surtout dans les grandes villes où ses candidats sont su tirer bénéfices de leur présence sur le terrain social. La grande campagne de séduction lancée par le PJD dans les bidonvilles et dans les quartiers populaires, a mis en évidence la fonction idéologique remplie par la proximité. Il importe de  souligner à cet égard, que la référence à l’idéologie est faite sur la base d’une approche sociologique qui considère  la mobilisation électorale comme une action résultant d’un désir d’aller vers le peuple selon une logique rénovatrice. Il en résulte que la réussite de sa campagne électorale a tenu aux usages politiques de la proximité.

Dans cette bataille électorale, il s’avère que les candidats du PJD sont parvenus à profiter d’un vote-sanction contre les formations partisanes traditionnelles minées par une gestion très «mitigée» de la chose publique. Leur force politique se cristallise essentiellement dans «le sentiment de sympathie populaire à notre égard » insiste Abdelkrim El Khatib,  le père fondateur du PJD. Et d’ajouter «  Cela dit, les élections démontreront si nous sommes vraiment une véritable force politique ou non»[3].

On conçoit alors, la campagne électorale du Parti de la Justice et du Développement comme étant le théâtre d’une rencontre entre une offre islamique et une demande sociale à laquelle les autres partis politiques n’ont pas pu répondre. Le vote pour ce parti doit donc être considéré comme le produit de cette interaction dont les effets n’étaient visibles qu’après l’annonce des résultats électoraux.

 

 

 

 

 

 


[1] Cf. Tel Quel  du 05/09/2015.

[2] Cf. Sâad Eddine El Othmani, Pour un Maroc authentique et démocratique, Casablanca, Palmarès, juillet 2006, pp. 81-82.

[3] Cf. «Entretien de Abdelkrim El Khatib, Secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement (PJD)», Maroc Hebdo International, n° 519,  du 12 au 18 juillet 2002.

 

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